« Sur l’Île de Pico, aux Açores, on pratiquait la chasse à la baleine jusque dans les années 1980, à bord de petites barques à rames et à voile. Les jeunes générations s’emploient désormais à restaurer ces bateaux typiques de l’archipel atlantique et à les faire naviguer. Elles s’affrontent chaque été au cours de régates hautes en couleurs qui perpétuent la tradition.
Le voilà. Sous notre vent, entre le plat-bord rose bonbon du bateau et sa grand-voile aurique retenue par une simple écoute en corde, le cône parfait du volcan apparaît dans sa totalité. Son sommet, auréolé d’une fine couche de neige fraîche, se dévoile enfin. En cette fin d’après-midi de printemps, nous évoluons au pied des pentes noires du mont Pico et le paysage est d’une beauté saisissante.
« Bordo ! » À cette injonction du capitaine, nous rejetons nos épaules en arrière, fesses toujours sur le plat-bord, les pieds calés de part et d’autre de notre banc, les mains agrippées au bout qui en fait le tour. Bref, nous sommes au rappel. Nous commençons à prendre nos marques à bord du Maria Armanda, mais notre équipage du jour étant plus occupé à faire des images qu’à veiller à la performance du bateau, celle-ci s’en ressent. Assez rigolé. Filipe, à la barre, nous propose un exercice : « Maintenant, on va essayer de naviguer comme on le fait en régate, soyez attentifs. » Ok. On range appareils photos, téléphones portables et on se concentre. À l’avant, les deux équipiers habituels, José Mario et le jeune Adriano, savent ce qu’ils ont à faire. Surtout « Zé Mario », le grand gaillard barbu qui se déplace en permanence, sort, rentre, se plaque sur le banc à la moindre variation de vent ou d’assiette, tout en réglant l’écoute de foc et en annonçant les risées. Nous autres, équipiers d’un jour, faisons de notre mieux pour conserver le bateau le plus à plat possible – la condition essentielle à sa bonne marche. Après quelques minutes d’un bord de près en participation active, le résultat, que Filipe nous montre sur l’écran de son téléphone, est sans appel : nous avons gagné au moins 25 degrés de cap ! »